Samedi 31 juillet 2021

Marie au quotidien

Quelle vie Marie mène-t-elle à Nazareth ? Une vie commune, une vie obscure et cachée ; une vie laborieuse. Elle la préfère à tout ce qui aurait été singulier et extraordinaire. Les révélations et les miracles ont eu leur temps… Son oraison est une oraison de foi et de nudité ; elle ignore tellement ce qui s’y passe, qu’elle ne se permet pas même d’y réfléchir. Plus de recueillement sensible ; plus de présence de Dieu goûtée et aperçue. Elle prie toujours, mais simplement de cœur, et presque sans aucun acte distinct ; rien de remarquable, même pour elle, dans ses exercices de dévotion. Les autres femmes qui la fréquentaient, ne voyaient rien en elle qui les frappât, ni qui leur fît dire : Voilà une femme d’une piété extraordinaire !

Cette vie de Marie a été néanmoins la plus sainte, la plus agréable à Dieu, qu’aucune créature ait menée sur la terre. Si Marie vivait au milieu de nous, comme elle vivait à Nazareth, nous n’aurions pas une haute idée de sa piété et de sa vertu : il nous faut du singulier, du merveilleux, de l’extraordinaire, des actions d’éclat, de longues oraisons, des veilles, des jeûnes, des austérités… Détrompons-nous. Estimons dans les autres la vie commune, obscure et laborieuse ; choisissons-la pour nous-mêmes, autant qu’il dépend de nous ; et que ce soit là un des points principaux où nous tachions d’imiter Marie.

Jean-Nicolas Grou (1731-1803), L’Intérieur de Jésus et de Marie, II, XXVIII

MÉDITER :

La vraie sainteté ne se remarque pas, contrairement à la fausse. Dieu est lumière, et la lumière ne se propage que dans la transparence.

Nous avons vu trop de statues de la Sainte Vierge, et lu trop de livres sur ses grandeurs : nous oublions qu’elle ne les avait ni vues ni lus, et qu’elle vaquait à ses occupations de mère de famille et d’épouse.

« Son oraison est une oraison de foi et de nudité… ; elle prie toujours, mais simplement de cœur, et presque sans aucun acte distinct. » Imiter Marie, c’est vivre son fiat continuel, à l’abri des curieux et sans recherche de performances.

L´Auteur :

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)  

Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et la rédaction d’ouvrages connexes, notamment en Angleterre, car la Révolution française le force à un nouvel exil à partir de 1792.