Jeudi 7 décembre 2017

 

« Mettez toujours votre confiance dans le Seigneur ! »

   La liturgie de l’Avent multiplie les appels à la confiance, particulièrement à travers le prophète Isaïe, que l’Église nous fait lire pour préparer Noël. En effet, depuis la nuit des temps, l’homme a peur de Dieu, comme s’il était son ennemi, et le premier pas de la vie chrétienne est de se laisser approcher par lui, de se laisser apprivoiser, en quelque sorte :
   Chassés du paradis en même temps que notre ancêtre, il nous est maintenant permis de faire demi-tour sur le même chemin, et de courir en sens inverse pour revenir à la béatitude primitive. Un plaisir introduit par tromperie fut le commencement de la déchéance. Après quoi, la honte et la peur suivirent cette expérience du plaisir, puis le fait de ne plus oser continuer à paraître aux yeux du Créateur, mais plutôt de se cacher sous des feuillages et dans l’ombre.
   Si donc nous devons partir de cette situation pour être avec le Christ, pour commencer, il nous faut prendre notre départ là où nous sommes arrivés, comme des gens exilés qui reviennent dans leur patrie, le font en quittant l’endroit où ils étaient parvenus.

Saint Grégoire de Nysse (335-394), De la Virginité, XII-XIII

   Faire demi-tour pour revenir à Dieu suppose de cesser de nous méfier de lui, d’inverser notre lecture habituelle des événements, de ne plus penser en termes de chance ou de malchance, mais de providence, sachant que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Ro 8, 28) :

   Rien n’arrive en ce monde que par l’ordre ou la permission de Dieu. Rien n’existe que par lui. Et tout ce qu’il a créé, il le conserve et le gouverne avec amour pour le conduire à sa fin. Pendant qu’il régit les astres et préside aux révolutions de la terre, il concourt aux travaux de la fourmi, au moindre mouvement des insectes qui pullulent dans l’air, de ces millions d’atomes qui vivent dans une goutte d’eau. Sans lui, pas une feuille ne s’agite, pas un brin d’herbe ne meurt, pas un grain de sable n’est emporté par le vent. Il veille avec sollicitude sur les oiseaux du ciel, sur le lis des champs ; et comme nous valons mieux qu’une foule de passereaux, il ne saurait oublier ses enfants de la terre.
   « J’ai faim, Dieu, y pense ; j’ai soif, Dieu y pense ; j’entreprends un travail, Dieu y pense ; je dois choisir un état de vie, Dieu y pense ; dans cet état, certaines difficultés se rencontrent, Dieu y pense ; pour résister à telle tentation ou remplir tel devoir, j’ai besoin de telle grâce, Dieu y pense ; dans le cours de mon voyage vers l’éternité, il me faut le pain quotidien de l’âme et du corps, Dieu y pense... » Et ainsi, moi qui ne suis qu’un atome insignifiant dans le monde, j’occupe jour et nuit, sans cesse et partout, la pensée et le coeur de mon Père qui est aux cieux.

Dom Vital Lehodey (1857-1948), Le Saint Abandon, II, ch. 2

L'Auteur :

Grégoire de Nysse (Saint, vers 330-394)
   Évêque malgré lui pour obéir à son frère saint Basile, Grégoire aura une place de premier plan dans l’Église de Cappadoce et reste l’un des théologiens les plus importantes de l’Église d’Orient.

Lehodey (Vital, 1857-1948)
   Né près de Coutances, Vital Lehodey entre à la Trappe de Bricquebec (Manche) en 1890, et en devient l’abbé en 1895.