Samedi 5 août 2017

Dédicace de Sainte-Marie Majeure

 

L’esprit de l’homme ne trouvera jamais de repos dans les honneurs, qui ne sont que du vent ; dans les richesses, qui ne sont que de la boue ; ni dans les eaux mouvantes des jouissances faciles et basses ; et pas davantage dans l’éclat trompeur d’une science toute humaine.

En Dieu seul, qui est le centre des esprits, est le seul véritable lieu de leur apaisement. Tout le reste ne comp­te pour rien : « Tu es ma part, mon héritage, tout mon bien1. » Tout le reste ne compte pour rien, et n’est pas capable de me satisfaire. Et il ne s’agit pas d’un jour ou deux, ou d’un an, mais de l’éternité. Tout ce qui existe ne saurait me suffire un seul jour.

Reconnais donc enfin que Dieu seul est la pierre sur laquelle on puisse reposer. Tout le reste est creux et décevant : c’est le monde des apparences et non des réalités. Elles ne sont d’aucun secours ; car on les acquiert à grand peine, on les possède dans l’inquiétude, et on les quitte avec chagrin. Si tu as du jugement, regarde de haut tout ce qui ne fait que passer, afin de n’être pas entraîné dans l’avalanche. Ne fais qu’un avec celui qui demeure éternellement ; attache-toi à lui par le lien de l’amour : élève ton cœur vers Dieu, afin qu’il ne croupisse pas sur la terre.

Saint Robert Bellarmin (1542-1621), La Montée de l’âme vers Dieu, 3e degré, ch. 1

Honneur, richesses, jouissances faciles : tout cela s’évanouit à peine obtenu, et pourtant, que d’efforts pour l’obtenir ! Reconnaissons que nous vivons le plus souvent dans l’illusion : « c’est le monde des apparences et non des réalités. »

Nous n’osons pas approcher du Christ, parce que nous avons peur de ses exigences. Mais c’est à nos chimères qu’il nous demande de renoncer, pas aux vraies richesses ; il ne s’agit pas de détruire ce que lui-même nous donne, mais d’ouvrir les yeux sur le vide de nos vies quand elles veulent moins que Dieu : créés à l’image du Créateur, comment nous contenter de la créature ?

Crevons les baudruches de ce qui ne fait que semblant d’exister.

L'Auteur :

Bellarmin (Saint Robert, 1542-1621)

Né en Toscane, Robert Bellarmin devient jésuite à 18 ans. Ordonné prêtre, il se distingue comme enseignant et prédicateur, particulièrement dans la controverse avec les protestants. Conseiller des papes, il rédige le catéchisme que Clément VIII imposera à toutes les paroisses. Archevêque de Capoue et cardinal, Bellarmin se révélera aussi bon pasteur que théologien. Élu par le conclave pour succéder à Clément VIII, le veto du roi d’Espagne l’empêchera de coiffer la tiare. Exceptionnellement doué dans tous les domaines, il n’en restait pas moins d’abord homme de Dieu, et fut notamment le directeur spirituel de saint Louis de Gonzague.