Vendredi 21 Septembre 2018

Aimer du cœur du Christ

    Entendons et imitons le divin Sauveur, qui chante les souverains traits de son amour sur l’arbre de la croix ; il les conclut tous ainsi : Mon Père, je remets et recommande mon esprit entre vos mains. Après que nous aurons dit cela, mes très chères filles, que reste-t-il sinon d’expirer et mourir de la mort de l’amour, ne vivant plus à nous-mêmes, mais Jésus-Christ vivant en nous ? … Alors nous serons toutes détrempées en douceur et suavité envers nos sœurs et les autres prochains, car nous verrons ces âmes-là dans la poitrine du Sauveur. Hélas ! Qui regarde le prochain hors de là, il court fortune de ne l’aimer ni purement, ni constamment, ni également ; mais là, qui ne l’aimerait, qui ne le supporterait, qui ne souffrirait ses imperfections, qui le trouverait de mauvaise grâce, qui le trouverait ennuyeux ? Or, il y est ce prochain, mes très chères filles, dans la poitrine du Sauveur ; il est là comme très aimé et tant aimable que l’Amant meurt d’amour pour lui. Alors encore, l’amour naturel du sang, des convenances, des bienséances, des correspondances, des sympathies, des grâces sera purifié et réduit à la parfaite obéissance de l’amour tout pur du bon plaisir divin ; et certes, le grand bien et le grand bonheur des âmes qui aspirent à la perfection serait de n’avoir nul désir d’être aimées des créatures, sinon de cet amour de charité qui nous fait affectionner le prochain et chacun en son rang, selon le désir de Notre Seigneur.

Saint François de Sales (1567-1622), Vrais Entretiens spirituels, De la Simplicité,

MÉDITER :

    Avant d’exister sur cette terre, nous existons dans le cœur de Dieu et dans le cœur de Jésus : c’est là qu’est notre vérité profonde, c’est là que nos frères sont nos frères et que nous pouvons les aimer, et pas simplement les apprécier.

    Nous ne sommes frères que surnaturellement. Ce n’est pas question de caractère, mais de foi. Nous ne traiterons l’autre en frère que si d’abord nous vivons en fils de Dieu.

    « Les convenances, bienséances, correspondances et sympathies » ne sauraient réguler la vie sociale : seul un regard de foi permet des actes de charité, et alors une communauté peut se construire, ce qui est beaucoup plus qu’un groupement politique, économique ou associatif.

 

L'Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Noble savoyard, après une éducation de gentilhomme et de juriste à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et ramène au catholicisme le nord de la Savoie. Évêque de Genève en 1602, il réside en fait à Annecy, et réforme son diocèse dans l’esprit du Concile de Trente. En 1610, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’activité pastorale épuisante de François de Sales reposait sur une vie intérieure des plus riches, dont témoignent autant son enseignement « grand public » (dans l’Introduction à la Vie dévote et dans sa correspondance) que son magistral Traité de l’Amour de Dieu. Directeur spirituel, prédicateur, diplomate, écrivain… : un des maîtres absolus de la contre-réforme catholique !