Samedi 16 février 2019

Bienheureuse Philippa Mareri

Ermite dans la montagne (✝ 1236)

La clef du bonheur

    Dieu veut lui-même être seul et absolument notre bien. C’est ce qu’il désire, ce qu’il recherche et s’applique totalement à pouvoir l’être et à le devenir. Là résident ses plus grandes délices et sa joie, et plus il en est ainsi, plus ses délices et sa joie sont grandes.

     Laisse faire Dieu et sois en paix. Car dans la mesure où tu es en Dieu, tu es en paix. Dans la mesure où tu es loin de Dieu, tu n’es pas en paix. Ce qui n’est qu’en Dieu a la paix : autant en Dieu, autant en paix. A quel point tu es en Dieu ou non, reconnais-le au fait que tu as ou non la paix. Si tu n’as pas la paix, il faut nécessairement qu’il en soit ainsi, car l’absence de paix vient de la créature, non pas de Dieu. De même il n’y a en Dieu rien qui soit à craindre ; tout ce qui est en Dieu ne peut qu’être aimé. De même il n’y a rien de lui qui doive rendre triste.

    Celui qui a tout ce qu’il veut et ce qu’il désire, possède la joie ; mais nul ne la possède que celui dont la volonté est totalement unie à celle de Dieu. Que Dieu nous accorde cette union ! Amen.

Maître Eckhart (1260-1328), Instructions spirituelles, XXIII

MÉDITER :

    «Obtenir le bonheur de la vie éternelle» : au fond c’est la seule chose qui compte. Mais qu’est-ce que le bonheur ? Il est de posséder Dieu. Nous sommes créés pour cela et nous ne serons pas en paix à moins de cela.

    Du côté de Dieu tout est prêt : il n’est Dieu que pour notre bonheur : «il n’y a rien de lui qui doive rendre triste.» De notre côté, tout sera prêt quand notre volonté «sera totalement unie à celle de Dieu.» Toute la pédagogie de l’Avent nous aura été cet apprentissage de «laisser faire Dieu». Le ciel ne se conquiert pas, il se reçoit.

 

L'Auteur :

Maître Eckhart (1260-1328)

   Né Thuringe dans une famille de petite noblesse, Ec­khart entre chez les dominicains d’Erfurt. Il étudie à Colo­gne, où règne l’influence d’Albert le Grand († 1280), puis Paris, où règne celle de Thomas d’Aquin († 1274). Il revient enseigner à Erfurt, puis à Paris, avant d’en être expulsé par Philippe le Bel comme tous les religieux qui refusaient son appel au Concile contre le Pape.

Ses années de maturité se partagent entre ses charges universitaires à Strasbourg, Cologne et Paris, ses importantes responsabilités dans l’ordre des prêcheurs, et un ministère de prédicateur et de directeur spirituel, no­tamment pour en organiser les études. Ses œuvres latines recouvrent son enseignement académique, tandis que ses sermons et traités en allemand révèlent davantage le maître spirituel.

Les dernières années à Cologne furent assombries par les suspicions attachées à ses écrits, et qui aboutiront peu après sa mort à une condamnation modé­rée de la part des papes d’Avignon. Plus que la dénoncia­tion de véritables hérésies, il faut y voir l’hostilité aux do­minicains des évêques de Strasbourg et de Cologne. C’est probablement en Avignon que mourut Eckhart, au cours d’un voyage entrepris pour se justifier.