Vendredi 8 décembre 2017

Immaculée Conception de la Vierge Marie

 

« Qu’il me soit fait selon ta parole »

   La confiance à laquelle nous exhorte le prophète Isaïe en ce début de l’Avent, nous conduit directement au fiat de Marie au jour de l’Annonciation, et l’évangile nous le rappelle en ce jour où nous célébrons l’Immaculée Conception :
   Fiat… Alors les paroles de l’ange s’effectuent, le ciel s’ouvre, le Saint-Esprit descend en la Vierge, la vertu du Très-haut la remplit, l’oeuvre des oeuvres s’accomplit. En cet heureux moment, le Créateur se fait créature pour ses créatures, l’architecte du ciel et de la terre se forme un corps terrestre pour sanctifier la terre et le ciel, Dieu se fait homme pour le salut des hommes, et la Vierge devient Mère de Dieu.

Pierre de Bérulle (1567-1629), Vie de Jésus, ch. 18

   Pour que Dieu inverse ainsi son propre destin en même temps que celui de sa créature, Marie n’aura rien eu à faire… Et pourtant Dieu n’aurait rien fait sans qu’elle en prenne la totale responsabilité. Dieu fait tout, mais il a souverainement décidé de ne rien faire sans Marie :
   Le consentement de Marie, nécessaire à l’Incarnation, sur lequel reposait tout l’édifice de la religion qu’il préméditait, toutes les figures et les prophéties, toute l’économie du salut, Dieu le prévoyait et le connaissait avant tous les temps. Il voyait déjà au fond de l’âme de la très sainte Vierge, remplie de foi, de sagesse, de docilité, quels seraient sa pensée et son sentiment, sachant la force et la vertu de la grâce dont il devait la remplir. Connaissant donc sa volonté et la disposition de son coeur, et tirant déjà d’elle son consentement qu’il voyait aussi réellement que quand elle le confirma à l’ange, il réglait là-dessus, de toute éternité, le saint mystère de l’Incarnation.

Jean-Jacques Olier (1608-1657),
Vie intérieure de la très sainte Vierge Marie, ch. 1

   Ce fiat de Marie au jour de l’Annonciation nous montre l’attitude chrétienne par excellence : permettre à Dieu de faire en nous des merveilles. Cela ne nous coûte rien, et en même temps nous en avons la pleine responsabilité :
   Une seule parole, qui est le fiat à l’égard de la Divine volonté, cette seule parole dite avec sincérité en toute sorte de rencontre, renferme et comprend le pur amour dans son entier ; étant très vrai que c’est là l’amour le plus épuré que nous puissions avoir pour Dieu, puisque c’est là aimer sa volonté aux dépens de la nôtre, faire de son contentement le nôtre propre.

Alexandre Piny (1640-1709), Etat du pur amour, ch. 1

   Si bien que
   La réponse que Marie fit à l’ange se réduisait au plus pur et au plus simple abandon de l’âme à la volonté de Dieu, sous quelque forme qu’elle se présentât. Il est vrai que ce qu’on exigeait de Marie dans ce moment célèbre était bien glorieux pour elle ; mais tout l’état de cette gloire n’eût point fait d’impression sur elle si la volonté de Dieu, seule capable de la toucher, n’y eût arrêté ses regards.

Jean-Pierre de Caussade (1675-1751),
L’Abandon à la Providence divine, ch. 1

 

L'Auteur :

Bérulle (Pierre de, 1575-1629)
   D’une famille de magistrats champenois, Bérulle incarne le milieu de la reconquête catholique parisienne après les guerres de religion. Il introduit le Carmel thérésien en France en 1604, fonde l’Oratoire de France en 1611, est créé cardinal en 1627.

Olier (Jean-Jacques, 1608-1657)
   Fils spirituel de saint Vincent de Paul, Olier sera missionnaire dans divers diocèses, puis curé de Saint-Sulpice à Paris, où il établit un séminaire qui sera à l’origine de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.

Piny (Alexandre, 1640-1709)
   D’une vieille famille provençale, dominicain, Piny enseigne la philosophie et la théologie à Aix et à Marseille, puis à Paris.

Caussade (Jean-Pierre de, 1675-1751)
   Issu d’une famille noble, entré chez les jésuites à Toulouse, Jean-Pierre de Caussade enseigne dans de nombreux collèges du midi de la France, avant d’en parcourir aussi le nord et l’est comme missionnaire.