Vendredi 18 Janvier 2019

L’oraison, avènement de Jésus dans mon âme

    Notre-Seigneur disait : Vous montez à la fête, moi je ne m’y rendrai pas encore. Votre temps, à vous, est de tous les instants, le mien n’est pas encore venu. (Jn 7, 6)

    Qu’est-ce donc que cette fête à laquelle Notre-Seigneur nous dit de monter et dont le temps est à tout instant ? La fête la plus élevée et la plus vraie, la fête suprême, est la fête de la vie éternelle, c’est-à-dire l’éternelle félicité où nous serons vraiment en face de Dieu. Cela, nous ne pouvons pas l’avoir ici-bas, mais la fête que nous pouvons avoir, c’est un avant-goût de celle-là, une expérience de la présence de Dieu dans l’esprit par la jouissance intérieure que nous en donne un sentiment tout intime. Le temps qui est toujours nôtre, c’est celui de chercher Dieu et de poursuivre le sentiment de sa présence dans toutes nos œuvres, notre vie, notre vouloir et notre amour. C’est ainsi que nous devons nous élever au-dessus de nous-mêmes et de tout ce qui n’est pas Dieu, ne voulant et n’aimant que lui seul, en toute pureté, et rien autre chose. Ce temps est de tous les instants.

    …Dieu est toujours là présent, et même si nous ne le sentons pas, il est cependant secrètement entré pour la fête. Où Dieu est, là il y a en vérité jour de fête ; il ne peut manquer, ni s’abstenir d’être là, où l’appelle une intention loyale et où l’on ne cherche que lui seul ; il doit de toute nécessité être là. Il y est peut-être de manière cachée, mais il y est.

Jean Tauler (1300 ?-1361), Sermon XII

MÉDITER :

    Entrer dans le recueillement de l’oraison, c’est déjà vivre l’éternité et l’immensité de l’amour, c’est anticiper le moment où « Dieu sera tout en tous » lorsque l’œuvre du Christ aura atteint sa plénitude historique.

    L’oraison est une fête, celle de nos retrouvailles avec Dieu. Les préparatifs de la fête sont déjà la fête, et tout ce qui nous porte à l’oraison, ce désir de Dieu, cette joie de le sentir secrètement présent, atteste, comme Jésus nous l’a promis, que nous sommes déjà ressuscités, déjà passés de la mort à la vie.

    L’épreuve de l’amour est de ne pas voir encore celui que l’on aime déjà ; mais cette épreuve n’est pas gratuite : elle permet l’approfondissement de cet amour, son intensification, son expansion jusqu’aux moindres recoins de notre cœur. Tel est le sens des quelques années que Dieu nous fait passer sur terre.

 

L'Auteur :

Tauler (Jean, 1300 ?-1361)

Né et mort à Strasbourg, prédicateur dominicain, Jean Tauler, avec Maître Eckhart et Suso, est l’un des grands de la mystique rhénane. Par les traductions de la Chartreuse de Cologne, toute la spiritualité nordique des XIIIe et XIVe siècles passera sous son nom à l’Espagne de sainte Thérèse et saint Jean de la Croix.