Mercredi 5 août 2020

"Je suis doux et humble de cœur."

La toute-puissance de Dieu lui permet d'être doux sans avoir besoin de s'imposer par la peur et la violence. Jésus inaugure son Royaume monté sur un ânon, et ses préférences vont vers les pauvres et les petits :

En vérité, le Sauveur du monde a posé la douceur et l'humilité à la base des vertus. Abstinence, jeûne, austérité, pauvreté intérieure ou extérieure, bonnes œuvres, miracles, tout n'est rien sans l'humilité du cœur. La Vierge Marie, comme si elle eût oublié toutes les autres vertus de son âme et de son corps, n'a admiré qu'une chose en elle-même, et n'a donné qu'une raison à l'incarnation du Fils de Dieu en elle : "Parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante."

Sainte Angèle de Foligno († 1309), Livre des Visions, ch. 63

Voilà pourquoi la vraie sainteté n'a rien de spectaculaire. Elle n'est pas affaire de performances, mais d'humble acceptation de la volonté de Dieu découverte au jour le jour. La vie chrétienne est une course de fond, où les gagnants ne sont pas les plus rapides, mais les plus courageux :

Il faut coudre notre perfection pièce à pièce, parce qu’il ne s’en trouve point de toute faite… Enfin, il ne se faut point étonner ni rendre lâche pour nos infirmités et instabilités ; mais en s’humiliant doucement et tranquillement, il faut remonter son cœur en Dieu et poursuivre sa sainte entreprise, se confiant et appuyant en Notre Seigneur, car il veut fournir tout ce qui est nécessaire pour l’exécution, ne nous demandant rien que notre consentement et fidélité.

Saint François de Sales (1587-1622), À sainte Jeanne de Chantal

Sur ce chemin, s'accepter soi-même est le premier pas vers la sainteté : accepter d'être pécheur, sans se résoudre pour autant à rester dans le péché. Ne soyons pas plus sévères envers nous-mêmes que Dieu ne l'est :

Comme les remontrances d’un père faites doucement et cordialement, ont bien plus de pouvoir sur un enfant pour le corriger que les colères et les courroux, ainsi, quand notre cœur aura fait quelque faute, si nous le reprenons avec des remontrances douces et tranquilles, ayant plus de compassion de lui que de passion contre lui, l’encourageant à l’amendement, la repentance qu’il en concevra entrera bien plus avant et le pénétrera mieux que ne ferait une repentance dépiteuse, colérique et tempétueuse.

 Relevez donc votre cœur quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu par la reconnaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n’est pas chose admirable que l’infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. Détestez néanmoins de toutes vos forces l’offense que Dieu a reçue de vous, et avec un grand courage et confiance en sa miséricorde, remettez-vous au train de la vertu que vous aviez abandonnée.

Saint François de Sales (1587-1622), III, ch. 9

MÉDITER :

L'Auteur :

Angèle de Foligno (Sainte, 1249-1309)

Née en Italie vers 1249, elle mène jusque vers 40 ans une vie mondaine et coupable. Convertie, elle adopte aussitôt la vie pauvre et pénitente des tertiaires franciscains. Les phénomènes mystiques se multipliant, son confesseur exige d’elle le récit de sa vie avec Dieu. Elle meurt en 1309, laissant une haute réputation de sainteté et de doctrine.

 

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Évêque modèle de la contre-réforme catholique, fondateur de la Visitation avec Jeanne de Chantal, saint François de Sales fut d'abord un maître spirituel aussi profond dans son enseignement "grand public" (Introduction à la Vie dévote et correspondance) que dans son Traité de l'Amour de Dieu, analyse magistrale de l'ensemble de la vie intérieure.