Mercredi 13 novembre 2019

Saint Brice

Le bonheur dans les larmes

Vous m’écrivez que vous voudriez me voir heureux. Je n’entends pas ce que vous voulez dire par là. Voudriez-vous me voir riche, en bonne santé, et ne rien souffrir ici-bas ? Malheureux ! Vous voulez donc que je sois en enfer ! Ô mon cher ami ; laissez-moi ma chère pauvreté, ma chère maladie et cent mille souffrances encore ; il n’y a que les souffrances qui puissent me rendre semblable à Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Si vous voulez me voir heureux, venez me voir, et votre vœu sera accompli. Je suis chrétien, Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort pour moi, je suis accablé presque de ses bienfaits et de ses grâces, j’ai un tout petit brin de ses souffrances et de sa croix, j’espère qu’il m’en donnera encore davantage, et je ne serais pas heureux ! Eh, mon Dieu, que faudrait-il donc pour l’être ?

Quant à vous, mon cher, tenez-vous toujours dans le calme, le silence intérieur et la paix ; ne vous laissez pas troubler par les choses qui se passent dans le monde ; ne vous en informez même pas, laissez dire et faire et ne vous occupez que de votre propre perfection ; vous n’avez qu’une chose à faire, qui est de plaire à Dieu et d’accomplir sa sainte volonté ; tout le reste est vanité.

François Libermann (1802-1852), Lettre du 16 octobre 1830

MÉDITER :

Confondre plaisir et bonheur fut l’origine du péché originel, et de tout péché. Or, nous connaissons tous des malades heureux et des bien portants malheureux. Chercher le plaisir, c’est se condamner à être toujours déçu, jamais heureux : l’alcoolique ou le toxicomane nous le prouvent tous les jours.

Il n’y a d’autre bonheur que d’aimer ; c’est-à-dire de se laisser aimer, car c’est la même chose et c’est plus simple ; se laisser aimer, se laisser faire par Celui qui nous aime infiniment, s’abandonner à lui sans réserve : Vous n’avez qu’une chose à faire, qui est de plaire à Dieu.

Si nous regardions le Christ au lieu de nous regarder nous-mêmes, nous serions écrasés de son amour, et nous n’aurions même plus le temps d’être malheureux.

 

 

L'Auteur :

Libermann (Vénérable François, 1802-1852)

Fils d’un rabbin alsacien, baptisé à 24 ans au lendemain d’une conversion fulgurante, il s’oriente vers le sacerdoce qu’il ne recevra qu’à 40 ans du fait de sa santé précaire. Remarquable directeur spirituel, il est aussi l’un des grands acteurs de l’évangélisation de l’Afrique, à travers la Congrégation du Saint Esprit qu’il relance en 1848.