Samedi 25 mai 2019

Saint Bède le Vénérable

Un amour maternellement fraternel

Il restait à Jésus en croix encore quelque legs à faire en son divin testament. Il y a une certaine délicatesse spirituelle dont il devait faire présent à ses plus chers amis, délicatesse qui n'est autre qu'un moyen très singulier pour conserver la grâce que nous avons reçue, et pour parvenir au plus haut degré de la gloire que nous recevrons. Regardant donc de ses yeux pleins de compassion sa très bénite Mère, il lui donna une certaine union de cœur et amour tendre pour le prochain, cet amour des uns pour les autres qui est un don des plus grands que sa bonté fasse aux hommes.

Mais quel amour ? Un amour maternel. « Femme, dit-il, voilà ton fils. » Ô Dieu, quel échange ! Du Fils au serviteur, de Dieu à la créature ! Néanmoins Marie ne refuse point, sachant bien qu'en la personne de saint Jean elle acceptait pour siens tous les enfants de la croix et qu'elle en serait la chère mère. Notre divin Maître nous enseignait par là que si nous voulons avoir part en son testament et aux mérites de sa mort et passion, il faut que nous nous aimions tous les uns les autres de cet amour tendre et grandement cordial du fils envers la mère et de la mère envers le fils, qui est en quelque façon plus grand que non pas celui des pères.

Saint François de Sales, Sermon du Vendredi saint 17 avril 1620

MÉDITER :

L’amour de Marie pour nous est le modèle de tout amour fraternel : pour François de Sales, l’amour est toujours plus féminin que masculin. On peut y voir la trace de son extrême affection pour sa propre mère (et qui n’avait que 14 ans de plus que lui !), pour sa jeune sœur (qui en avait 25 de moins !) et pour Jeanne de Chantal. Si l’amour est plus que le sentiment de l’amour, il n’en est pas moins tendre et grandement cordial en sa réalité profonde.

On n’ose pas toujours prêter des sentiments à Jésus, à Marie et aux saints, comme si Dieu n’avait pas de cœur. François de Sales fait au contraire de l’affection un chemin de sainteté, et voit dans l’amour tendre pour le prochain, un don des plus grands que sa bonté fasse aux hommes.

Dès lors, n’ayons pas peur de nos sentiments, mais allons jusqu’au bout de l’amour dont ils témoignent ; et l’on a écrit à propos de saint François de Sales : « Le détachement n'est pas l'insensibilité, et les vrais cœurs d'épouses, de mères, de filles, ce sont les cœurs des saintes. »

 

L'Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Noble savoyard, évêque de Genève-Annecy, modèle du pasteur réformateur dans l’esprit du Concile de Trente. Il ramène au catholicisme le nord de la Savoie, éduque les âmes à travers son Introduction à la vie dévote, inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal.