Lundi 22 janvier

Saint Vincent

Pourquoi partager ?

L’abrégé de la foi est renfermé dans ces paroles : « Nous avons cru à l’amour que Dieu a pour nous1. » Mais si nous y croyons, il faut l’imiter. Ce Cœur de Jésus embrasse tous les fidèles ; c’est là où nous sommes tous réunis « pour être consommés dans l’unité ». C’est le Cœur qui parlait, lorsqu’il disait : « Père, je veux que là où je suis, mes disciples soient aussi avec moi. » Il n’en écarte personne, il les appelle tous ses enfants, et nous devons nous aimer « dans les entrailles de la charité de ce divin Sauveur. » Ayons donc un cœur de Jésus-Christ, un cœur étendu, qui n’exclue personne de son amour. C’est de cet amour réciproque qu’il se formera une chaîne de charité qui s’étendra du Coeur de Jésus dans tous les autres, pour les lier et les unir inviolablement ; ne la rompons pas ; ne refusons à aucun de nos frères d’entrer dans cette sainte union de la charité en Jésus-Christ. Il y a place pour tout le monde. Usons sans crainte des biens qu’elle nous procure, nous ne les perdrons pas en les communiquant aux autres, mais nous les posséderons d’autant plus sûrement : ils se multiplient pour nous avec d’autant plus d’abondance que nous désirons plus généreusement les partager avec nos frères. Aimons donc dans le Cœur de Jésus. « Dieu est charité, et qui persévère dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui. »

Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) Panégyrique de l’Apôtre saint Jean

MÉDITER :

Le sens chrétien du partage est spirituel, et non moral : il ne s’agit pas d’abord de mieux répartir les biens de ce monde, mais d’établir des relations d’amour avec nos frères, et cela comme première conséquence de notre relation filiale avec Celui qui est notre Père et le leur. Le Cœur de Jésus contient tout l’amour du monde. C’est en nous laissant aimer par lui, ce qui suppose notre conversion à lui par la prière et par le jeûne, que nous devenons à notre tour aimant comme lui, ou mieux, en lui. Alors nous entrons dans une « chaîne de charité » qui part de lui et conduit à lui. Nous sommes appelés à construire des relations de fraternité surnaturelle, et pas seulement de solidarité naturelle, avec notre prochain ; mais déjà, qu’il soit clair qu’elles dépendent de « l’abrégé de notre foi » : croire en l’amour que Dieu a pour nous.

 

L'Auteur :

Bossuet (Jacques-Bénigne, 1627-1704)

Né à Dijon, où il étudie chez les jésuites, Bossuet connaît très vite la plus brillante carrière ecclésiastique, couronnée par l’évêché de Meaux. Disciple de saint Vincent de Paul, ami, puis adversaire, de Fénelon, proche de la cour, orateur très doué, écrivain abondant, il représente l’Église de France officielle (et donc gallicane) dans les débats de l’époque.