Samedi 22 Septembre 2018

Mourir d’amour

    De quelle mort pensez-vous donc que mourut la Sainte Vierge, sinon de la mort d’amour ? Oh c’est une chose indubitable qu’elle mourut d’amour, mais je ne dis pas ceci parce que ce serait dans l’Écriture, mais parce qu’elle a toujours été la Mère de la belle dilection. L’on ne remarque point de ravissements ni d’extases en sa vie, parce que ses ravissements ont été continuels ; elle a aimé d’un amour toujours fort, toujours ardent, mais tranquille, mais accompagné d’une grande paix. Et si bien cet amour allait sans cesse croissant, cet accroissement ne se faisait point par secousses ni élans, mais, comme un doux fleuve, elle allait toujours coulant, et presque imperceptiblement, du côté de cette union tant désirée de son âme avec la divine Bonté.

    L’heure, donc, étant venue pour la très glorieuse Vierge de quitter cette vie, l’amour fit la séparation de son âme d’avec son corps, la mort n’étant autre chose que cette séparation.

Saint François de Sales (1567-1622), Sermon du 15 août 1618

MÉDITER :

    N’oublions pas que tout ce que Jésus a vécu, Marie l’a vécu, parce que tout chrétien est appelé à le vivre. Si bien que la mort de Marie, modèle de la mort chrétienne, fut comme celle de Jésus l’aboutissement de l’abandon total d’elle-même à la volonté de Dieu.

    De même que Jésus est passé inaperçu, Marie est passée inaperçue : la normalité est le plus sûr des déguisements, et la normalité humaine, c’est d’aimer de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, comme Jésus, comme Marie.

    Le surnaturel est l’inverse de l’extraordinaire, ou du moins il est extraordinairement ordinaire : il faut la foi pour le remarquer.

 

L'Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Noble savoyard, après une éducation de gentilhomme et de juriste à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et ramène au catholicisme le nord de la Savoie. Évêque de Genève en 1602, il réside en fait à Annecy, et réforme son diocèse dans l’esprit du Concile de Trente. En 1610, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’activité pastorale épuisante de François de Sales reposait sur une vie intérieure des plus riches, dont témoignent autant son enseignement « grand public » (dans l’Introduction à la Vie dévote et dans sa correspondance) que son magistral Traité de l’Amour de Dieu. Directeur spirituel, prédicateur, diplomate, écrivain… : un des maîtres absolus de la contre-réforme catholique !